A vous lire (dans les commentaires) et à explorer les sources que vous me proposez (voir ici; merci, Catherine!), sans rien renier de ce que je vous disais, je me rends compte que mes réactions devant les innovations engendrées par les nouvelles technologies sont encore trop empreintes des débuts (pas si lointains!) de ces modes de communication. Du temps où régnait l’enthousiasme teinté de confusion devant ce nouvel espace qui semble infini.
Il est vrai que : «En passant par l’écrit, les élèves améliorent leur mode d’expression. Ce qu’ils mettent en ligne est entièrement public, ils réfléchissent donc également à leur identité virtuelle et à leur vie privée. Et puis inconsciemment, cette réflexion collective renforce la cohésion, crée une identité de classe et d’établissement. Comme du team building!» Ce n’est pas que j’adore le concept de team building, mais ce qui précède me semble exact et important.
Il est exact aussi que ce mode de communication permet de construire des projets originaux: «En 48 heures, onze étudiants ont reconstitué sur Twitter la bataille de Gettysburg, dit-il. Chacun devait endosser le rôle d’un des personnages, dont celui de Lincoln. Pour cela, ils ont dû reconstruire les faits, trouver des informations et les synthétiser… Très intéressant! Avec des collègues, nous allons donc développer un nouveau scénario en français» Effectivement, idée porteuse!
Enfin: “François Lombard, chargé d’enseignement en biologie auprès des professeurs du secondaire à Genève, utilise ces wikis depuis plus de sept ans. «Mes élèves vont chercher et trier des informations, qu’ils mettent ensuite dans le wiki pour nous les faire partager. Ils produisent leur propre savoir! Cela remet totalement en question le rapport maître-élèves. Celui qui enseigne n’a pas la science infuse, puisque les étudiants eux-mêmes sont porteurs de compétences et d’idées. 90% de ce qu’ils apprennent ne vient pas de moi». Là aussi, on touche à une des bases de la relation prof-élèves: bien sûr le prof a la compétence et le recul qu’il faut pour pouvoir guider les élèves dans la jungle des savoirs. Mais il ne sait pas tout! Et cette donnée de base est capitale dans la manière dont l’élève se construit.
Qu’on ne me fasse cependant pas dire ce que je n’ai pas dit; les nouveaux outils numériques ne sont pas la panacée, ils sont un moyen comme d’autres (les livres, les exposés en classe, les affiches de synthèses accrochées au mur de la classe,…) pour rechercher, organiser, synthétiser son savoir.
Comme avec tous les nouveaux outils, il faut sans cesse pouvoir se poser la question de savoir si on agit sur la motivation ou sur la séduction, question qui n’a pas de réponse universelle (et je n’en proposerai certainement pas pour les cas décrits que je ne connaît pas plus que par ces quelques lignes)… mais dont les réponses induisent des processus radicalement différents, qui peuvent aller du meilleur au pire (car la séduction est un moyen d’obtenir ce qu’on veut, pas un moyen de faire apprendre)
Bref, par ces aspects nouveaux aussi, enseigner ne s’est pas simplifié ces dernières années!
P.S 1. Je vous recommande le blog de l’enseignante qui utilise Twitter dans ses cours (découvert toujours grâce à Catherine)
P.S.2 Il est clair que tout ce raisonnement ne tient que pour des élèves à partir de, disons, 10 ans et mieux, à partir de 14 ans. Rappelons les repères de S.Tisseron: pas de TV avant 3 ans, d’ordinateur avant 6 ans, d’Internet avant 9 ans.( voir ici, pour les repères d’âge: en fin de billet)