Instantané d’école…
Posted by Françoise Guillaume on Samedi mai 30, 2009 Under Chroniques“Elle s’étonne que son collègue de lettres le plus éteint ait lu Kafka à ses élèves, et sûrement lu de façon forte pour que D. soit venu jusqu’au CDI chercher un livre. Tant qu’il y a de la vie…
D. s’est arrêté d’écrire les yeux dans le vague. Elle ignore tout de son texte. Elle le respecte seulement. C’est
une minuscule oeuvre dans le monde, quelques lignes sûrement maladroites et sûrement bourrées d’erreurs orthographiques mais c’est une oeuvre infiniment respectable. En cherchant ses mots, le jeune homme fait des pas. Il se risque. Il dépasse la peur. Il apprend que la langue n’est pas faite seulement pour remplir des formulaires ou sélectionner les bons des mauvais. Les mots peuvent nous conduire. Loin. En toute liberté. Les mots nous révèlent. On grandit en écrivant, en lisant. Parce qu’on prend le risque de connaître.
Melle Pascalet est heureuse. La joie de son métier, elle est là. Pour le moment avec des volontaires, mais si Luc Masson, dans sa classe, a déclenché le désir de lire chez ce jeune homme difficile, elle peut maintenant lui parler de la suite, l’atelier. Laurence Pascalet reprend espoir. C’est une sensation perdue qui lui revient vite. Sa vraie nature. Elle habite mal la résignation. Si seulement un prof pouvait ouvrir la porte à l’atelier, se rendre compte que la pratique peut permettre aux élèves de se lancer dans l’orthographe, la grammaire, autrement. Oh oui, elle sait bien qu’on va lui rire au nez, mais qu’ils viennent ceux qui n’y croient pas, qu’ils viennent voir les élèves chercher les conjugaisons, s’enquérir des modes pour servir leur texte, pour le peaufiner. Alors rien n’est difficile puisque tout a un sens.
Quand l’exigence devient la leur, ils ne s’arrêtent plus.
L’école se trompe dans la chronologie, c’est tout. Il faut d’abord écrire, tranquille, puis tenir à ce qu’on a écrit suffisamment pour vouloir le partager. Alors on a besoin des codes d’une langue; la grammaire, l’orthographe deviennent des choses nécessaires pour que les autres partagent le trésor du texte.
Quand on parvient à cette étape, la littérature peut ouvrir ses portes. Les élèves entrent dans la lecture autrement aussi. Ils sont devenus actifs, critiques. Et c’est un bonheur de les sentir prêts à pénétrer dans les textes les plus élevés.”
Malgré les quelques vapeurs d’angélisme qui en transpirent, j’ai voulu, par ce texte, vous donner l’envie de lire Présent?, écrit par Jeanne Benameur (Folio 4728, p.144): une tranche de vie d’une école (très franco-française, mais bon…), finement observée, joliment rédigée.

ans”. La proposition est argumentée en 14 points sur 3 pages, c’est dire s’il y accorde de l’importance. Selon lui, c’est le rôle des travailleurs sociaux d’initier et d’étayer les parents dans ces jeux réguliers. il préconise que les parents passent deux fois 10 à 15 minutes avec chacun des enfants (sans télé!) car l’effort pour ces parents est important (certains, et ce n’est pas rare, dit-il, préfèrent retapisser la chambre de l’enfant que de jouer 30 secondes avec lui). Le vrai jeu doit être sans gagnant, ni perdant, il doit contenir l’excitation de l’enfant. Le plus important est que le plaisir soit “partagé, créatif et sans enjeu“.
Ce qui m’a le plus étonné après cette lecture, c’est de parcourir l’annexe 1 qui donne une liste de quelques jeux à partager, par exemple: vers 5-6-7 mois, le jeu du “coucou-caché” où l’adulte disparaît derrière une feuille de papier et réapparaît: “coucou”. Vers 8-10 mois, le jeu de la tour de cube qui l’adulte construit et que l’enfant démolit (il sera capable de la construire vers 15 mois), “séquence répétée qui permet à l’enfant d’exercer sa destructivité et de constater que le monde y résiste“. Vers 18 mois, jambes écartées, lancer doucement l’un vers l’autre une petite balle en mousse en faisant de petits bruits (”hop”, bzouou”) Etc, etc, etc…
Autre résultat intéressant de l’enquête dont je vous parlais la semaine dernière, résultat relatif aux réseaux sociaux: “seulement 16% des adolescents ont déjà rencontré tous les contacts de leur réseau, alors que 31,1% en connaissent moins de la moitié, voire aucun pour 10%”. Selon le principe du “les amis de mes amis sont mes amis”, la plupart des adolescents gonflent ainsi le nombre de leurs “amis” pour reprendre le terme mal traduit de Facebook.
ses yeux. Mais, une expédition de ce type n’est pas si fréquente et il a bien dû se dire quelque chose qui a blessé (à tort ou à raison) ce garçon. Et l’autre, la “victime”, aurait appris à en prendre conscience. Donc, d’après moi, une occasion ratée des parents de réfléchir avec l’ado sur ce qui peut choquer ou blesser.