L’école doit être au centre du village
Posted by Françoise Guillaume on Samedi sept 24, 2011 Under ChroniquesCe qui est aujourd’hui une formule, proche de l’autre aphorisme “Il faut tout un village pour éduquer un enfant” était, au départ, une évidence.
Une évidence géographique et sociale car, en terme de contenus, ce qui s’enseignait dans l’école n’était, en général, pas lié au milieu environnant.
Mais cette centralité sociale était de la plus grande importance car les liens ainsi existaient sans qu’il soit nécessaire de les élaborer, ce qui contribuait à la socialisation des enfants, entre eux, avec les enseignants, mais surtout avec les habitants du village lui-même.
Mais l’école d’alors n’était pas ouverte à tous les enfants et le caractère élitiste de ce qui y était enseigné correspondait à son objectif: former l’élite de la société très hiérarchisée de l’époque.
Dans une nouvelle société où démocratie et scolarité obligatoire allaient s’installer en quelques décennies pour tous, les données n’étaient pas les mêmes.
Les précurseurs de l’éducation nouvelle l’ont compris, à la veille de (Decroly) ou juste après (Freinet) la première guerre mondiale qui marque le premier tournant du XXème siècle.
Etudier le milieu proche environnant est un principe commun à toutes ces pédagogies encore ditesnouvelles. Cet ancrage permet d’établir des liens entre l’école et l’extérieur (et dans ce cas, peu importe qu’on soit dans un village, dans une ville ou dans une banlieue).
En s’enfermant dans des savoirs académiques et/ou choisis par des adultes sans aucun doute pour leur intérêt mais ne permettant aucun ancrage dans la vie extérieure, l’école d’aujourd’hui s’est isolée, de sa propre responsabilité.
“Le monde qu’il faut apprendre est inimaginable pour ceux qui ont à l’apprendre”, dit Marcel Gauchet (voir ci-dessous).
Hier, dans une visite de l’Ecole, un étudiant, futur enseignant, me demandait: “mais pourquoi étudier tel quartier de Bruxelles (Cureghem pour ceux qui connaissent); moi, quand j’étais à l’école, j’ai étudié toute la ville de Bruxelles?”
Peut-être mais étudié au sens d’une information qui passe d’un enseignant à des élèves. Ici, les élèves (14 ans) ont étudié l’an dernier la commune dans laquelle se trouve l’école (plutôt favorisée).
Cette année, ils étudient un autre quartier, avec documents anciens et récents, photos, cartes,… comme support et, évidemment, une activité sur place qui leur permet de confronter ce qu’ils lisent ou voient (et que complète le prof), avec la réalité.
Aujourd’hui, plus que jamais, l’école doit être au centre du village, d’abord pour les apprentissages, puis, plus généralement pour définir comment elle peut devenir un repère pour toutes les autres questions d’éducation, sans se laisser déborder par elles.
Nous en parlerons la semaine prochaine…
P.S. Les sujets concernant l’école se bousculent si nombreux dans ma tête que j’ai choisi de me laisser guider par l’audition d’un débat entre Philippe Meirieu et Marcel Gauchet, lors d’une rencontre en Avignon, dans le cadre du Théâtre des Idées: “Peut-on réinventer l’école?”. Pour écouter, c’est ici; il faut le temps (2h) mais c’est intéressant. Inspiration que j’ai mise en lien avec ma propre expérience récente de ce qu’est une école contemporaine…